Vestibule, Maison Rouge


Cécile Granier de Cassagnac a développé une pratique multiple allant de grands formats à l’huile sur toile jusqu’à l’assemblage de petits insectes.  Mais c’est par la pratique quotidienne du dessin, immédiate et spontanée, qu’elle élabore son langage plastique, constitué d’un ensemble de motifs récurrents. Oiseaux, maisons, insectes, arbres, mains construisent un bestiaire personnel, dicté par diverses modalités d’assemblage, pour donner vie à des organismes hybrides : volatile aux pieds gonflés, main-écorce, créature à trois jambes et bec en aile de papillon... Les petits dessins ainsi disposés en combinaisons variables, invitent à parcourir un infini jeu de glissements d’une forme à l’autre, du contour à l’informe.

Sous l’apparente ingénuité des gestes et des motifs, la sélection présentée dans le Vestibule nous fait entrevoir un univers pictural complexe, en tension constante entre inquiétude et ironie.  A la fascination pour les oiseaux et les insectes se mêle une exploration inquiète du corps sous son jour le plus trivial, toujours morcelé, sous forme d’excroissance à l’animal, sous forme de viscères ou de fluides.

A travers la contamination des formes entre elles, se dégage un rapport ambivalent entre l’humain et la nature, dans une sorte de doute physiologique.  A ce titre, la tâche est un motif omniprésent, tantôt corps, excroissance, dégagement...


Véritable processus créatif, la coulure laissée au hasard dicte formes, textures et mouvement. Image même du doute et de la propagation, elle devient le sujet central de son travail : une fascination pour la croissance incontrôlée des choses vivantes.

La parure, quant à elle, révèle différemment ce rapport de sophistication à l’organique : paillettes, tourbillons et ornements variés font écho aux textures visqueuses, et en reprennent le même caractère de fluidité.

Entourloupe, grand format à l’huile proche de ses peintures, figure trois petites maisons sombres et sans fenêtres, de celles utilisées dans les champs, ni habitations ni refuges, entités vides de sens. De l’une d’entre elles s’échappe une nuée rouge semblable à du magma en fusion, mais dont les volutes laissent deviner des muqueuses cernées de poils.

L’entourloupe est ce jeu sur l’illusion des sens et l’ambigüité du sens, à l’évocation multiple mais qui se termine toujours en queue de poisson.  Cécile de Cassagnac manie les images comme on le ferait des jeux de mots nés par hasard : par une pirouette, l’autoportrait raté s’est transformé en grand cornichon.


Axelle Blanc, juillet 2008

Prix Sciences Po, pour l’Art Contemporain


C’est un univers à part entière, un monde constitué d’images tour à tour ironiques, étranges, énigmatiques, cruelles parfois, dont l’accumulation et la répétition obsessionnelle permettent de tracer les contours.

L’inventaire que l’on peut en dresser est relativement simple, on peut citer : Les maisons, les arbres, les animaux ( insectes, oiseaux diurnes et nocturnes, bêtes à cornes, poissons), les membres tronqués ( mains ou pieds), les globes oculaires, les crânes affublés d’oreilles de lapin… Le tout constituant au final un ensemble qui donne à voir simultanément du beau et de l’inquiétant. Pour être plus précis on pourrait dire qu’il se dégage de ces images un sentiment « d’intranquillité ». Bien sûr, il y a la grâce, une certaine aisance à manipuler avec jubilation les matériaux de la peinture qu’il s’agisse de gouache, d’aquarelle ou d’encre, de leur associer parfois des matières sableuses ou des paillettes pour produire quelque chose d’impalpable, un effet plus ou moins présent. Puis viennent les images elles-mêmes, dont l’apparition est parfois provoquée par une tâche d’eau, une coulure, ou qui au contraire semblent préalablement calées même si l’artiste aime se laisser surprendre. Le plus étonnant est qu’aucune des œuvres ne contient un quelconque indice narratif.

Le regardeur est livré à ses propres capacités de lecture : à lui de comprendre que les pieds tronqués au sommet d’une grande feuille de papier pourraient être ceux d’un pendu, que cet oiseau de nuit auquel manquent des yeux est une sorte de crâne, que cet autre oiseau dont la tête se dissout dans la peinture parle plus de la pratique picturale que de l’oiseau même… Cécile Granier de Cassagnac est une jeune femme singulière, dont les paradoxes se livrent dans le travail qu’elle met à l’œuvre depuis ses années d’apprentissage aux Beaux Arts. 

De ce qu’elle fait, elle ne dit presque rien, tout juste qu’elle aime se mesurer à la peinture et au papier, parfois aussi à la toile, et que « oui, de son univers s’échappent parfois quelques sculptures ou objets composés comme des collages : dérisoires trophées de chasse ou animaux empaillés mis en scène ».

Ce que l’on sait d’elle, c’est ce que l’on voit au fil des images :  Le paradoxe, la dualité, de multiples possibilités de lectures, un univers riche et singulier dont on ne sort pas tout à fait indemne.


Françoise Claire Prodhon,

Décembre 2009

Cécile Granier de Cassagnac